Articles de Presse
Décembre 1998


"Je ne veux pas qu'on oublie ma fille"
Deux ans après le meurtre d'Angélique, sa mère organise une manifestation

La police et la justice lui ont assuré qu'elles ne renonceront jamais à traquer l'assassin de sa fille. Marie-Pierre Mazier ose y croire. Mais au fil des mois, l'attente est devenue insupportable. Il y a déjà plus de deux ans qu'Angélique a été tuée et mutilée à coups de couteau à Compiègne (Oise). Elle allait fêter ses 19 ans. Depuis cette funeste soirée du 12 octobre 1996, son meurtrier reste introuvable.

Cet après-midi, entourés de proches et d'anonymes, les parents d'Angélique descendront dans les rues de Compiègne pour rappeler qu'un criminel est toujours en liberté. Marie-Pierre Mazier espère que cette manifestation contribuera à raviver les mémoires. "Je ne veux pas qu'on oublie ma fille, martèle-t-elle. Il y a forcément quelqu'un qui a vu quelque chose. Un détail, une silhouette. Même s'il a peur de parler, il faut qu'il s'exprime, pour que le meurtrier ne puisse jamais recommencer."

"Toujours disponible pour ses amis"

Angélique était une adolescente entourée et choyée. "Je l'appelais l'assistante sociale, sourit tristement sa mère. Elle était toujours disponible pour ses amis". La petite femme blonde, douce et fragile, fond en larmes quand elle évoque la dernière soirée d'Angélique.

La jeune fille avait fêté un anniversaire avant d'aller danser à la discothèque du centre-ville de Compiègne où elle avait ses habitudes, le City Hall. Sa bande d'amis est partie vers 3h45. Angélique a été encore aperçue dans la boîte de nuit vers 4h00. Puis sa trace se perd.

C'est un cycliste qui a retrouvé son corps sans vie le lendemain matin dans un fossé le long d'une route de la forêt de Compiègne. Angélique avait été frappée de plusieurs coups de couteau de cuisine. Elle était presque décapitée. Elle avait eu des relations sexuelles peu avant sa mort.

Eternellement, Marie Pierre Mazier ressasse les mêmes questions, lancinantes. Elle veut savoir comment Angélique a pu sortir de la discothèque sans être vue. Elle ne comprend pas pourquoi le meurtrier a déposé son corps dans ce fossé où il savait qu'on le découvrirait vite .

Elle se demande si la terrible mutilation qu'a subie sa fille a une signification. "Angélique a dû monter la voiture de quelqu'un en qui elle avait confiance, affirme sa mère. Elle était méfiante d'ordinaire."

Depuis deux ans, les enquêteurs ont entendu plus de 500 personnes: les proches de l'adolescente, le personnel de la discothèque , les clients identifiés, les étudiants de l'IUT d'Amiens où Angélique était inscrite depuis peu. En vain. Ils ont analysé des prélèvements de terre. Sans succès.

Une empreinte génétique déjà vérifiée.

Les policiers disposent cependant de l'empreinte génétique de l'homme avec qui elle a eu une relation sexuelle, consentie ou pas avant d'être tuée. Elle a été comparée à près de cent personnes, amis d'Angélique, témoins, suspects, délinquants sexuels, auteurs d'agressions, et meurtriers. Le cercle ne cesse de s'élargir. Les spécialistes ont même fait des vérifications auprès des suspects du meurtre de Caroline Dickinson. Là encore sans résultat pour le moment. "J'aimerai, comme je l'ai entendu pour la petite Marion, qu'un enquêteur me dise qu'il vive pour Angélique" soupire Marie Pierre Mazier. Elle dénonce le manque de moyens des enquêteurs et réclame la mise en place rapide du fichier national d'empreintes génétiques, annoncé pour l'année prochaine.

"Nous poursuivons toujours nos investigations, rétorquent les milieux proches de l'enquête. Nous tenons de dossier à coeur et nous ne le refermerons jamais".

Valérie Brioux
Le Parisien du 12/12/1998

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