Articles de Presse
Octobre 1998
Deux ans. Deux ans que l'insoutenable a frappé dans sa chair une famille compiègnoise, qui se demande toujours si le drame qu'elle vit est bien réel. Au matin du 13 octobre 1996, Angélique Dumez est trouvée sans vie, pas très loin du wagon de l'Armistice.
Saisie de l'enquête quarante-huit heures après les faits, la police judiciaire poursuit actuellement ses investigations pour retrouver celui ou ceux qui ont assassiné la jeune fille, pour ensuite transporter son corps là où il a été retrouvé.
Depuis les faits, un nouveau procureur et un nouveau juge d'instruction sont arrivés à Compiègne, prenant ainsi la suite de leurs prédécesseurs. Comme eux, ils affichent la volonté d'arriver au terme de cette affaire. Seul habilité à s'exprimer, le procureur martèle: "Il faut que la justice puisse se prononcer. Actuellement, deux inspecteurs du SRPJ de Lille sont en permanence sur cette affaire."
DOSSIERS SIMILAIRES
Il apparaît par ailleurs qu'en cas de nécessité, cet effectif soit renforcé. Refusant de livrer les pistes suivies par les policiers, le représentant du parquet indique seulement:" Nous suivons une méthode implacable qui finira par aboutir." Il relève cependant:" Il y a un paradoxe dans cette affaire. Nous avons des zones d'ombre. Comme la perte de la trace de la victime à partir de 4 heures du matin. Mais en même temps, nous avons une carte génétique que nous exploitons:" Cette carte serait en effet mise en concordance avec chaque affaire de moeurs traitée en France. "Il y a des recherches pour calquer cette empreinte avec une autre", confirme le procureur.
Le juge Auchères se trouve en effet en relation aves des collègues - notamment parisiens qui travaillent sur des dossiers similaires. Et même s'il se montre discret sur son travail - secret de l'instruction oblige - un élément prouve la volonté d'empêcher l'affaire Angélique de sombrer dans l'oubli. Chacun de ses actes repousse en effet la procédure de dix ans.
D'autre part, une note sur cette affaire devrait arriver dans tous les services de police du pays.
Autant de signes destinés à prouver au public que l'enquête se poursuit. Depuis deux ans, toutes les pistes ont été suivies, abandonnées, parfois reprises. La rumeur d'il y a quelques mois, selon laquelle un portrait-robot finirait par sortir semble tenir de la fantaisie. Quant à l'arme du crime, elle reste sans intérêt aux yeux des enquêteurs. En effet, le couteau retrouvé non loin du corps de la jeune fille est un ustensile comme il en existe dans toutes les cuisines de France et de Navarre.
Le procureur Kapella confie, en guise de résumé :"Nous avons une obligation de moyens que nous regardons comme une obligation de résultat." En attendant, dans le Compiègnois, cette tragique histoire continue de suciter des interrogations. Au moins parce qu'elle a prouvé que n'importe qui peut être touché par la fatalité. Et au coeur des discussions, comme une quasi-certitude : "Celui qui a fait ça était forcément du coin."
Hommage
Une messe en mémoire d'Angélique a été célébrée par le père Guy Gilbert
"Cette ordure qui a tué Angélique doit-être trouvée", déclare le prêtre des loubards
Voici déjà deux ans qu'Angélique Dumetz cette jeune Compiégnoise de 18 ans a été sauvagement assassinée. C'est le dimanche 13 octobre 1996 que son corps a été retrouvé par un cycliste, au bord de la route du Général Weygand, à proximité du carrefour de l'Armistice, en forêt de Compiègne Un meurtre qui, aujourd'hui encore, n'est toujours pas élucidé. Dimanche, une messe a été célébrée en l'église Notre-Dame de la Source, par le père Guy Gilbert, le prêtre des loubards, en hommage à Angélique.
Lorsque les premières notes de l'orgue retentirent dans cette nouvelle Eglise de Royallieu, les camarades d'Angélique déposèrent, tour à tour, une fleur blanche au pied de l'autel où se trouvait la photo encadrée de la jeune fille.
Au premier rang, Marie-Pierre et Patrick, les parents d'Angélique, entourés des membres de leurs familles. A leurs côtés, des proches, des voisins, une délégation du conseil municipal de Compiègne, Lucien Degauchy, député, Robert Ternacle, conseiller général, puis des anonymes venus aussi prier pour Angélique.
Lorsque le père Guy Gilbert arrive dans le choeur, il tient aussitôt à prendre la parole avant de commencer l'office. "Depuis trente-trois ans, je suis le prêtre des loubards, au service et à côté des agresseurs... pas du côté", tient-il à préciser, "mais à côté des agresseurs pour qu'ils ne le soient plus. Je suis d'abord un homme avant d'être un prêtre et je suis du côté de la victime...", ajoute-t- il avant de poursuivre : "Qu'est-ce qu'un prêtre peut dire devant l'horreur. Demandez à Patrick et Marie-Pierre de pardonner ? Ils ne savent même pas le visage et le nom de celui qui a fait ça..."
Après quoi, le père Gilbert qui porte autour du cou une étole rouge, "la couleur des martyrs", explique que cette large bande d'étoffe liturgique est en fait celle qu'ont touchée les sept moines égorgés "par des fous", à Tibérine, en Algérie. "Angélique s'inscrit dans cette horreur. On ne sait pas qui a tué ces sept moines comme on ne sait pas qui a tué Angélique", lance alors le prêtre à l'assemblée.
Puis vient la prière préparée par les camarades d'Angélique "Aujourd'hui, nous sommes ici, tous réunis à partager notre douleur pour celle qui est partie, si jeune, si belle...Reste à trouver cette ordure à cause de qui la vie te fût ôtée. Que la justice fasse son métier afin que la paix règne à nos côtés... Princesse tu le resteras tout le temps, mais il faut que tu saches à présent que pour nous, tes amis, tu seras là pour les aider et les soutenir pour l'éternité."
Dans son homélie, le père Gilbert estime, que "Cette
ordure qui a tué Angélique doit être trouvée. C'est un humain
qui s'est tenu d'une façon bestiale et honteuse. Il faut que la justice
se fasse. Mais le problème, on ne sait pas quand... De toute façon,
le Seigneur lui, fera justice lui-même." A partir, de cet instant le
prêtre des
loubards se lance dans une théorie sur la justice qu'il pratique, quelque
fois, d'une manière forte. "J'ai appris à faire justice moi-même.
Quand un jeune m'insulte, je n'ai pas quarante mille discours à lui donner.
Je lui fous une droite évangélique dans la gueule. C'est la justice
immédiate." Puis, au fil de son homélie, le père Gilbert tente
petit à petit d'expliquer aux jeunes présents "que la vie est pleine
d'espérance", avant de venter l'amour pour son prochain.
Daniel TROUSSELLE
Oise Hebdo d'Octobre 98