Articles de Presse
Septembre 1998
L' ADN permettra d'établir des portraits-robots
Ce n'est même plus à un cheveu mais à une pellicule de cheveu que
pourrait bientôt tenir la vérité.
"D'ici un an, nous pourrons établir une empreinte génétique
d'après des pellicules ou d'après de minuscules fragments d'épiderme
laissés sur un volant de voiture, un clavier d'ordinateur ou un verre de
bière."
Anton Teasdale, porte-parole du Forensic Science Service, une agence du ministère
britannique de l'Intérieur, a présenté cette semaine ce pas de géant
dans le domaine de : l'ADN au congrès annuel de l'Association des commissaires
divisionnaires britanniques, réuni à Bristol. Mieux encore, ce spécialiste
a expliqué que dans dix ans une simple empreinte génétique permettra
aux scientifiques d'établir un portrait robot. Une empreinte génétique
donne en effet deux grandes catégories d'informations :
Tout d'abord la "carte d'identité" de l'individu testé.
Cette "signature" permet simplement d'affirmer formellement que les
traces organiques (cheveux, sperme, sang...) sont bien celles du suspect et
l'accusent formellement.
Une simple cellule de peau suffira
Mais l'ADN renferme aussi des informations générales peu ou pas utilisées jusqu'alors. Même si les enquêteurs n'ont aucune comparaison avec l'empreinte génétique d'un suspect à faire, ces informations vont permettre de "faire parler" un échantillon. Mieux qu'un témoignage visuel, la génétique va permettre de tracer le portrait-robot d'un meurtrier inconnu.
Avec une empreinte ADN, selon Kevin Sullivan, un des chercheurs du ministère de l'Intérieur, on pourra dans les années à venir, connaître le poids du suspect, la couleur de ses yeux, de son menton, de son nez, l'aspect général de son visage son origine ethnique et même certains de ses défauts physiques. Ainsi, un boitement congénital pourra être décelé.
Le docteur Sullivan, qui a travaillé à l'identification des restes
du tsar Nicolas II, rappelle les progrès phénoménaux enregistrés
en matière d' ADN . "L'être humain perd constamment des cellules
de sa peau. La poussière trouvée dans les maisons est en grande partie
constituée de peaux mortes et nous pouvons maintenant établir une empreinte
génétique à partir d'une cellule."
La prise d'empreintes génétiques est devenue mille fois plus sensible
depuis une dizaine d'années, Alors qu'il fallait, une tache de sang de la
grosseur d'une pièce de monnaie pour établir l'ADN d'un sujet nous
pouvons le faire aujourd'hui à partir de taches minuscules qui ne sont
même pas visibles à l'oeil nu"
Des programmes de dépistage de masse
Avec un tel outil, les programmes de dépistage de masse - comme ceux entrepris
pour rechercher le meurtrier de Caroline Dickinson à Pleine-Fougères ou
en Angleterre pour confondre le routier qui avait assassiné Céline Figard
se sont multipliés. Depuis le premier, lancé près de Leicester en
1987 pour un double meurtre, il y a eu 91 opérations du même type en Grande-Bretagne.
Après le recueil de 26 000 empreintes, les coupables ont été identifiés
dans trente affaires.
Les policiers britanniques disposent à la banque nationale d'empreintes génétiques de 343 000 empreintes de suspects. Et ce fichier risque de s'agrandir. Dès l'an prochain, les chercheurs britanniques pourront identifier les empreintes génétiques des animaux. Cette avancée n'a rien d'un gadget car les enfants ont souvent sur eux des poils de leurs bêtes de compagnie. Ainsi, avec des poils retrouvés sur un meurtrier d'enfant, on pourra établir qu'ils proviennent d'un chien ou d'un chat appartenant à la victime et confondre l'auteur des faits.
Jean Robin
Le Parisien du 18 septembre 1998
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